Société
Des jeunes de Seine-Saint-Denis prennent l’antenne à Arles
Quartiers. Trente jeunes d’Aubervilliers et du Blanc-Mesnil s’initient à la radio et aux musiques du monde, au festival Les Suds, à Arles.
Arles (Bouches-du-Rhône),
envoyé spécial.
Casque sur les oreilles et micro devant la bouche, Antoine lance son prochain sujet, à la manière d’un pro, pointant son doigt vers la régie. Au programme de l’émission réalisée en direct et en plein air : un micro-trottoir sur le slam et les musiques du monde. Conclusion des apprentis journalistes : « Les gens ne connaissent que les stars comme Abd Al Malik et Grand corps malade ». Âgé de dix-neuf ans, Antoine habite dans les environs d’Arles et participe à la radio éphémère des Suds, liée au festival éponyme qui a lieu tous les ans en juillet dans la cité provençale.
Depuis 2007, cette antenne chapeautée par le journaliste, Antoine Chao, ex de la Mano Negra, accueille des jeunes de Seine-Saint-Denis. Cette année, ils sont dix-huit d’Aubervilliers et douze du Blanc-Mesnil, à côtoyer une quinzaine d’Arlésiens. Radio mais aussi danses africaines ou de Bollywood, percussions mandingues, slam et hip- hop sont au menu de leur séjour. À l’automne, ce devrait être aux jeunes provençaux de « monter » dans le 93, dans le cadre du festival Villes des musiques du monde.
« Tous les festivals de musiques du monde n’ont pas de dimension sociale mais nous souhaitons créer un petit réseau avec d’autres manifestations qui ont envie d’aller vers des publics qui ne s’intéressent pas a priori à ces musiques. On ne cherche pas à leur faire oublier le rap mais à leur ouvrir d’autres portes. C’est impressionnant comment en une semaine, les choses bougent », explique Loïc Bastos, responsable des ateliers pour les Suds.
C’est à partir des contenus établis par les organisateurs des festivals que les acteurs sociaux, éducateurs, foyers d’accueil, maisons de quartiers, proposent à des jeunes de participer aux activités. « Je découvre complètement le monde de la radio. Je ne me rendais pas compte que c’était autant de boulot. Mais s’entendre en direct ça fait plaisir », témoigne Balla Akissa, vingt ans, du Blanc-Mesnil.
Outre l’initiation à la tech- - nique, le stage permet aussi de rencontrer des artistes. De Magyd Cherfi, qu’ils ne connaissaient qu’à travers Zebda, au Choeur de la Roquette, un ensemble féminin qui chante en occitan, c’est la même curiosité qui guide les jeunes de l’atelier. « On va essayer d’interviewer Toumani Diabaté parce qu’il y a des gens d’origine malienne parmi nous. Mais cela va être difficile, il est très demandé », explique Balla, généralement amatrice de zouk et de R’n’B.
Les jeunes doivent en effet se plier aux emplois du temps des artistes comme à celui des vrais journalistes. « On se lève un peu tôt mais comme il fait beau, c’est un peu aussi des vacances. » « Pour eux, à Arles, il n’y a pas de problèmes sociaux. Car ils pensent qu’il n’existe pas de quartiers sensibles en dehors de la région parisienne », témoigne Rémy Gontier, administrateur du festival Villes et musiques du monde, en Seine-Saint-Denis.
Ludovic Tomas